Fermer
Une édition Bordeaux-Métropole d'aqui.fr ! Suivez nous sur Facebook Suivez nous sur Google plus Suivez nous sur Twitter Notre flux RSS
Aqui-Bordeaux-Métropole
Fermer
:
:
: Se souvenir de moi
J'ai oublié mon mot de passe

Une métropole a besoin d'une ceinture verteOutre sa ceinture verte naturelle, le maraîchage aussi est un atout

Culture, outil du vivre ensemblePourquoi et comment? Des exemples.

Logement social : peut mieux faireLa Métropole veut rattraper son retard sur le logement social

De la Cub à la Métropole l'ambition millionnaireLes enjeux décryptés

Les enquêtes d’ABM
De la Cub à la Métropole l'ambition millionnaire
Métropole

Ce cap millionnaire qui ne dit plus son nom

Les grues dans le quartier de la gare - Julie Ducourau

Vu de la Garonne et du TGV, le nombre de grues derrière la gare Saint-Jean impressionne. Symbole d'une agglomération qui construit, construit, construit.

Millionnaire ? Vous avez dit métropole millionnaire ? Cette expression en poupe il y a quelques années, plus grand monde n'ose la mettre clairement en avant aujourd'hui... Et pour cause, elle a effrayé bon nombre de Bordelais. Il faut remonter à 1973 pour trouver trace de cet appétit millionnaire, dans le Schéma d'aménagement de la métropole de Bordeaux, conçu alors par l'Etat via la Datar (délégation interministérielle à l'aménagement du territoire). Mais la crise imminente enterrant les Trente glorieuses et leur expansion sans bornes, étouffe l'idée... relancée à la fin des années 2000 par le socialiste Vincent Feltesse, alors président de la CUB (communauté urbaine), et par Alain Juppé.

En imaginant voir arriver 250.000 personnes à l'horizon 2030, les 750.000 habitants de la métropole ont rapidement vu dans cette hypothèse non pas une ambition mais une angoisse entre perte de qualité de vie et anticipation de bouchons phénoménaux en voiture. Le slogan politique a donc fait long feu, certains continuant de plaider pour des grands pôles urbains hyperconnectés à taille humaine plutôt qu'une « mégalopole », d'autres critiquant « une cité millionnaire pour millionnaires ! » vu la flambée des prix de l'immobilier qui contraint des familles à se loger hors du territoire métropolitain où elles travaillent.

"toutes les opérations d'urbanisme en cours mènent vers ce chiffre"

Pourtant, dans les faits, les programmes de construction fleurissent sur Bordeaux et les 27 communes de l'agglomération, en tendant toujours vers « le million » mais à un horizon sans doute plus éloigné que 2030. « Ca a été un vrai flop politique mais toutes les opérations d'urbanisme en cours mènent vers ce chiffre », relève ainsi un membre de la majorité à la métropole.

En 2013, l'Insee constatait que la forte croissance démographique de la Gironde se localisait en majeure partie en périphérie de la métropole, hors du territoire de la Cub, nourrissant « un étalement urbain important, source de déséquilibres réels ou potentiels ». L'architecte Michel Pétuaud-Létang ne dit pas autre chose quand il affirme : « nous devons aller contre la densification qu'elle soit horizontale ou verticale pour conserver un équilibre de qualité, la ville est jolie comme cela, elle est assez dense même si il faut encore la travailler ». Pour l'urbaniste gersois d'origine, qui rêve de voir passer les bus en sous-terrain place Gambetta, il faut aussi lutter contre « la mégalomanie de certains élus locaux qui, tels des roitelets, essaient d'avoir qui sa piscine, qui son stade, alors qu'il faut jouer collectif. Etre moderne c'est avoir des ères métropolitaines gérées globalement en créant des zones inconstructibles réservées à la culture, au sport et aux promenades ».

La densification comme un repoussoir ?

Derrière les superbes rénovations de Bordeaux, à l'actif d'Alain Juppé, qui sont la vitrine de la ville, Jean-Marc Gancille, cofondateur du projet Darwin, s'interroge aussi sur « la fuite en avant dans l'urbanisme avec des grands projets et un modèle de développement basé sur la croissance, qui ne correspondent plus aux attentes des populations qui craignent pour leur qualité de vie et d'usage ». « A Niel où nous sommes, ça s'urbanise très rapidement, ça peut aussi devenir un repoussoir », craint-il depuis son labo d’expérimentation sociale et écologique.

Au Bassin à flots ou dans le quartier Ginko, derrière les plaquettes idylliques des promoteurs, c'est aussi une autre réalité qui est souvent dépeinte. Au-delà du « défaut de vision globale harmonieuse dans les constructions », « des milliers de gens arrivent d'un coup dans une ville qui a mis 2.000 ans à se construire et le manque d'équipements sociaux est visible », explique Philippe Dorthe, conseiller départemental PS : « au Bassin à flots, on a livré 5.000 logements et on a dispatché les élèves dans des écoles en préfabriqués... On devrait normalement quand on livre des quartiers de ce type, livrer avec les premiers immeubles les équipements publics, quitte à ce qu'il ne soit pas utilisés à 100% d'entrée, plutôt que de faire des quartiers à dormir, sans âme ni commerces de proximité! ».
Pour l'élu socialiste qui ne manque jamais une occasion de le houspiller, « Alain Juppé, dans sa politique de communication de bâtisseur ayant transformé Bordeaux, a livré 80% du potentiel à la promotion, il voulait que ça bouge, tout s'est fait dans un calendrier qui correspond à la présidentielle, il a tout délégué et même lui quand il revient sur terre, se rend compte des problèmes », comme sur les constructions trop rapides de l'éco-quartier Ginko et le fameux épisode du balcon effondré. « On ne peut pas financer en même temps un Grand stade, une Cité du vin... et des écoles », grince aussi Pierre Hurmic (EELV) pour qui « on a décidé l'aménagement de quartiers sans anticiper les besoins futurs », y voyant « la caricature d'un urbanisme confié à la bonne volonté des promoteurs ».

Archive: un des nombreux chantiers sur le quartier des Bassins à Flot

A Ginko géré par Bouygues, la manière de travailler au niveau de la sous-traitance de personnels n'était pas convenable, reconnaît-on à la Métropole. Aussi explique Michel Duchène, vice-président en charge des grands projets d'aménagements, « on travaille sur une charte du bien construire pour améliorer les choses, qui sera effective d'ici la fin de l'année, un texte réalisé avec les services de la métropole et les professionnels de la construction et du BTP qui fera référence ».

Travailler la qualité de vie

Une métropole qui après les grands ensembles, entend désormais développer aussi la créativité sur des petits projets d'urbanisme où la qualité de vie est privilégiée. Avec Urbalab, architectes, urbanistes et promoteurs sont appelés notamment à générer des vues dégagées même sans être en hauteur, ou à s'adapter de façon innovante à l’exiguïté d'un foncier... Un projet porté par Jacques Mangon, également vice-président de la Métropole qui s'y connaît en la matière, lui qui fut élu maire centriste de Saint-Médard-en-Jalles en 2014 en se positionnant notamment contre l'urbanisation galopante de la ville.

A l'image de l'opération « très verte » de Brazza (1.500 logements d'ici 5-6 ans), il s'agit donc de développer aujourd'hui « une façon plus réfléchie et plus intelligente de faire de la ville, plus sophistiquée aussi, en lui donnant dès le début une image agréable de quartiers intégrés », souligne M. Duchène pour qui Bordeaux « réinvente la ville européenne, entre la ville de pierre et la ville nord-américaine type mériadeck, assez dense mais à taille humaine qui permette de se déplacer sans utiliser sa voiture ».

Les grandes tours, ce ne sera donc pas pour Bordeaux. Aux Bassins à flots, l'Unesco a déjà retoqué la tour Cogedim qui devait mesurer 56 mètres sur 18 étages, elle en fera six de moins. Même à Euratlantique qui commence à se déployer, les deux tours de bois ne dépasseront pas les 48 mètres. Et l'esprit général du méga-projet d'intérêt national entre la Gare St-Jean, Floirac et Bègles, semble susciter moins de craintes : « on peut espérer que la vision globale et l'équilibre entre intérêts de la promotion immobilière et intérêts des citoyens soit corrects », fait valoir M. Dorthe qui salue le fait que la puissance publique via la ZAC (zone d'aménagement concertée) soit restée dans l'organisation d'Euratlantique, contrairement à certains projets passés.

Bordeaux attirant beaucoup, les prix de l'immobilier ont grimpé de 7% l'an passé, « il y a donc un vrai besoin de construire pour ne pas que les prix s'envolent de manière absurde. Mais il ne faut pas non plus saturer et produire plus que nécessaire », estime Stéphan de Faÿ. Pour le DG d'Euratlantique, « l'élément clef c'est de maîtriser le prix du foncier » et en étant en ZAC, « on a le choix de fixer les prix on ne vend jamais aux enchères ou au plus offrant ».

Projet quartier Armagnac Nord - Vinci

Globalement sur Bordeaux, toujours dans sa perspective millionnaire, les friches ont désormais toutes un projet dessus. Pour se développer encore, il est aujourd'hui question de s'attaquer à la zone de la Jallère, entre la rocade nord et le golf. Problème majeur, on est là sur une zone humide et le projet de maisons sur pilotis dans cet espace naturel fait bondir des élus de tous bords. « Alain Juppé n'est pas pressé sur cette opération qui est loin de faire l'unanimité dans la majorité », « on construit déjà beaucoup, beaucoup de béton, on a là le dernier espace naturel de la métropole, c'est loin d'être une priorité » et le maire pourrait reculer, pressent un membre de la majorité :  ». Les écologistes sont vent debout : « pour certains, valoriser le foncier, c'est bâtir ! Mais on peut aussi le valoriser en le sanctuarisant car la richesse d'une ville vient aussi de la façon dont on respecte la biodiversité », assurent Pierre Hurmic et ses amis écolos qui viennent de dévoiler un plan pour une agriculture urbaine de proximité alors que les populations qui arrivent sont souvent friandes de circuits-courts et de modes de consommation plus locaux.

Un équilibre entre construction et protection de la nature

La bétonisation, peu de villes de la métropole bordelaise y ont échappé. Mais ce que l'ont sait moins, c'est que 55.000 hectares pour la nature sont sanctuarisés sur toute la zone, relève Alain Anziani, vice-président de la Métropole et maire PS de Mérignac. « Il faut trouver l'équilibre entre construire et protéger », dit-il, soucieux d'anticiper les choses à 10-15 ans même si penser le long terme devient compliqué avec des moyens budgétaires moindres. Par exemple, dans sa ville qui gagne entre 1.000 et 2.000 habitants chaque année et attire de grandes entreprises comme Thalès, un nouveau quartier va pouvoir naître à Mérignac-Soleil, mais à Capeyron « il n'y a pas de raison de densifier et on refuse des immeubles de trois ou quatre étages ».
Dans cette ville de 70.000 habitants où il reste quelques fermes, le maire est aussi en lutte pour installer de jeunes agriculteurs. Aujourd'hui, il faut savoir que les Amap (Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne) ont du mal à s'approvisionner dans une agglomération qui a une autonomie alimentaire d'une seule journée... Ailleurs aussi les zones agricoles ont beaucoup régressé face à l'urbanisation, comme la vallée maraîchère où depuis 1994, les parcelles affectées au maraîchage ont diminué de 15% dans ces anciens « potagers de Bordeaux ». Mais des plans de préservation sont désormais mis en œuvre pour éviter de voir s'éteindre cette activité alors que les propriétaires sont souvent tentés de vendre leurs terres à des promoteurs. A Eysines, par exemple, un périmètre de protection des espaces agricoles et naturels périurbains (ou PPEANP) a été institué: "cette préservation est mon combat depuis 2001" assure la maire Christine Bost.

Les maraîchers d'Eysines sont à découvrir le 24 octobre

« Il faut empêcher de construire n'importe où », assure M. Anziani. C'est dans cet objectif que le programme métropolitain « 50.000 logements », lancé en 2010, a été décidé le long des lignes de tramway existantes ou en chantier. Si les premières opérations vont bientôt sortir, soit presque sept ans plus tard, le projet se heurte à des lenteurs de la Fabrique, la société publique qui le pilote  : « l'enjeu aujourd'hui, c'est de construire vite, or la Fab, ça traîne, c'est lent et c'est lourd », regrette un responsable métropolitain.

Le tramway est d'ailleurs une source de convoitise pour les élus qui le veulent tous : « c'est devenu un outil de troc », note Pierre Hurmic, mais à 20 millions d'euros le km, « ce n'est pas dans nos moyens et l'argent qu'on met dedans on ne le met pas dans le service de bus au quotidien ni dans des systèmes plus doux »... Sacré enjeu que celui des transports dans une métropole où la 3e voie de rocade pourrait rapidement saturer avec la hausse de population attendue et le défi (insoluble?) de la proximité maison-commerces-travail.

En attendant les emplois...

Pas simple donc de construire une agglo millionnaire... d'autant que, relèvent plusieurs personnalités, la création de nouveaux logements ne sert à rien s'il n'y a pas de travail à offrir à la population. Or certaines villes se lancent dans une course au nombre d'habitants pour avoir de l'argent frais avec la taxe foncière et la taxe d'habitation, plutôt que d'essayer d'attirer des entreprises étant donné que les communes ne perçoivent plus de taxe professionnelle... Quant aux milliers de m2 de bureaux flambant neufs qui seront bientôt sur le marché avec Euratlantique, la question est de savoir s'ils créeront véritablement de l'emploi ou s'ils ne feront que déshabiller Pierre pour habiller Paul en attirant des entreprises aux locaux vétustes déjà dans implantées dans l'agglomération.

D'après Pôle Emploi Nouvelle Aquitaine, entre 2008 et 2013, la population active de Bordeaux Métropole a en tout cas, augmenté en moyenne de 1,2% chaque année, soit un rythme plus soutenu qu'aux niveaux régional et national. Eysines, le Haillan et Bruges font même des booms au-delà de 3%. Dans la même veine, le territoire connaît un vrai dynamisme ces dernières années, avec entre 2010 et 2015, en moyenne 2.500 emplois créés chaque année, une hausse principalement portée par le tertiaire. Malgré tout, note l'organisme, Bordeaux reste largement plus concernée par la hausse du nombre de personnes inscrites à Pôle emploi (+1,9%) que des villes comme Toulouse ou Lille (+0,2% chacune).

 

Par Julie Ducourau
Crédit Photo : Julie Ducourau

De la Cub à la Métropole l'ambition millionnaire A lire également
La rue Sainte-Catherine à Bordeaux - Superbass_CC-BY-SA-3.0 (via Wikimedia Commons)

De la Cub à la Métropole l'ambition millionnaire

Les enjeux décryptés

Stephan de Faÿ, Directeur de l'OIN Bordeaux Euratlantique - Rodolphe Escher

Pas d'autres tours sur Euratlantique

Bordeaux

Trois questions à Stephan de Faÿ, le directeur général de Bordeaux Euratlantique, un des plus grands projets urbains en France.