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Start-Up à succès : NFC Interactive, abolisseur de frontières

La société bordelaise créée fin 2013 se situe dans un marché de niche : la recherche et l'exploitation de la donnée numérique. On vous explique pourquoi ça marche.

Nicolas Bournet - RB

En 2017, cela fait bien longtemps que l'Or de l'économie n'est plus physique mais virtuel. Le marché de la donnée explose depuis quelques années, et de plus en plus de sociétés s'engouffrent dans la brèche. Dans le monde, selon des chiffres datant de 2015, le marché du big data des entreprises en France représenterait 652 millions d'euros en 2018 contre 285 millions en 2014, soit une hausse de 129%. De manière plus ciblée, la partie "analyse et intelligence" de ce marché des données s'élevait en 2014 à 249 millions d'euros, c'est même celui qui représentait la plus forte hausse et le plus gros potentiel de valeur pour les entreprises. NFC Interactive, société créée à Bordeaux en 2014, fait indirectement partie de cette branche. Pour tenter d'expliquer clairement son objectif et son business model, il faut frapper à la porte de la pépinière éco-créative des Chartrons, où nous y retrouvons ses 13 employés dont l'un de ses co-fondateurs.

L'idée originelle

Nicolas Bournet n'a rien d'un débutant. Diplômé d'une maîtrise de gestion à l'IAE de Lyon, il a suivi un parcours dans le conseil auprès de petites et moyennes entreprises, a été le directeur financier d'un groupe informatique bordelais dans les années 2000 et directeur adjoint de la chaîne TV7 jusqu'en 2013. Il est un peu le pendant business-gestion de NFC Interactive, quand ses trois autres associés (Serge Chaumette, Jonathan Ouaoba et Damien Dubernet) représentent plutôt le volet recherche et développement, le dernier étant ingénieur spécialisé dans le développement d'applications mobiles et sur cartes à puces. NFC Interactive est, de prime abord, facile à définir. Il s'agit d'une société exploitant une technologie, baptisée NFC (pour Near Field Communication ou communication en champ proche) et permettant l'échange de données sans contact entre différents appareils. L'exemple le plus simple, vous l'utilisez tous les jours ou presque, est le paiement sans contact.

Sans renier ses ambitions économiques, Nicolas Bournet explique que la raison d'être de la société est née d'un processus de recherche. "Mes trois associés ont participé de 2009 à 2012 à un programme de recherche européen, Smart Urban Spaces dont l'objectif était de déployer des services mobiles interopérables sur tous les pays de la Communauté Européenne", explique-t-il en matière d'introduction. "À l'époque, le projet était déjà centré sur la technologie NFC. Le chef de file de ce projet était le groupe Gemalto avec lequel on a noué des relations fortes par la suite et qui est un des leaders dans le domaine des cartes à puces et notamment celles utilisant la technologie NFC". Au départ, les applications servant de démonstrateurs sont basées sur de la visite de musée et de ville virtuelles, du ticketing (billeterie virtuelle) et un projet de poster intelligent, tous basés sur la même technologie.

"À la fin du projet en 2012, ils avaient mis en place des démonstrateurs, c'est à dire des solutions mobiles concrètes. On les a poussés à en faire quelque chose. Ils se sont donc rapprochés de la SATT Aquitaine (Société Accélération Transfert Technologique) dont on était l'un des premiers dossiers. On a donc répondu à l'annonce pour monter une entreprise à partir de ces recherches". Mais très vite, NFC change de braquet, notamment avec l'arrivée de Nicolas en 2013. "On a étudié le marché et on s'est rendu compte que ce n'était pas trop là qu'il fallait aller, une clientèle publique sans budget et avec un processus de décision très long. On a très vite pivoté. Ils maîtrisaient tous les protocoles de communication puisque c'est l'un des axes de recherche du LABRI de Bordeaux (auquel appartient Serge Chaumette), on a donc décidé de réaliser une plateforme de connexion IOT capable de connecter n'importe quel type de capteur dans toutes les conditions avec n'importe quel type de personne". Voilà, en substance, ce qu'est capable de réaliser cette plateforme : accueillir tous les protocoles de récolte de données pour s'adapter à tous les secteurs du marché. Intelligence artificielle, robotique, capteurs, protocoles de communication, développement web, mobile, interfaces administration ou back-office sont autant de leviers sur lesquels elle peut être capable d'intervenir.

Mise de départ

Débutée avec 20 000 euros de fonds propres et 150 000 euros d'aides publiques (incubateur régional, région Aquitaine, BPI, EADS, Sabena Technics et département), le potentiel d'NFC décolle vite : lauréats d'un concours national dédié à la création d'entreprises (I-Lab), elle démarre localement. Ses deux premiers contrats sont dans le secteur du bâtiment et des transports. Le premier, Enedis, est une grosse société de gestion du réseau électrique. La société souhaite mettre en place, comme l'explique Nicolas Bournet, une "solution mobile utilisant des capteurs pour transmettre de l'information dans les zones de travaux". Première utilité : contrecarrer le défaut d'information concernant les zones de travaux à destination des riverains; avec, en plus, une petite valorisation du patrimoine local autour des zones de travaux.

Depuis abandonnée, l'idée a été remplacée par une autre lorsque NFC a répondu à l'appel de Kéolis, gérant privé du réseau de transport de Bordeaux Métropole. À l'occasion de l'ITS 2015 (salon du transport et de la mobilité), NFC rend accessible virtuellement auprès de tous les congressistes un accès gratuit aux transports en commun via une carte dématérialisée. Bordeaux, qui souhaite devenir une des premières villes pour l'accueil de congrès, y voit très vite l'aubaine qui pourrait lui permettre de se différencier de la concurrence. Cette solution est toujours active, notamment auprès de l'Office de Tourisme, c'est l'une des clefs de voûte du "Bordeaux Business Pass", et elle sera également utilisée dès le mois de juin prochain pour une offre de transports digitale à l'occasion de la fête de la musique. 

Belle croissance

En bonnes relations avec l'Université de Bordeaux, dont dépend le Labri, NFC passe, l'année suivant son lancement officiel (récompensé par un chiffre d'affaires global de 70 000 euros) à la vitesse supérieure en signant un gros contrat avec la SNCF. En 2014, suite à la collision entre un TER et un TGV à Danguin, l'entreprise de transports publics revoit sa politique en termes d'alimentation électrique, et souhaite améliorer les mesures d'isolement des circuits électriques présents le long des voies. C'est là que la start-up bordelaise intervient. "Avant, ces mesures d'isolement étaient gérées par des contrôles et des rapports sur papiers. Ils étaient abîmés, mal remplis ou mangés par les rats. On a tout dématérialisé et on en a profité pour créer un process d'alerte des responsables de maintenance plus rapides concernant les défauts de fonctionnement. Grâce à cette solution, ils sont en train de constituer une cartographie des zones de dangers sur l'ensemble du réseau". Les premiers tests sont actuellement effectés en Rhône-Alpes et devraient être prochainement étendus au Pays de la Loire et au reste de la France. Cette amélioration des conditions de contrôles à deux conséquences, selon Nicolas Bournet. "D'abord pour le consommateur, ça permet une réduction des retards ou des risques d'accidents. Pour la SNCF, le fait que l'on regroupe les données et qu'on les organise va nous permettre, plus tard, de faire du prédictif, permettant ainsi d'anticiper les pannes et les dysfonctionnements et mettre des programmes et des algorithmes et des programmes d'intelligence artificielle pour ne plus subir la panne". 

Ainsi, l'évolution économique de la société NFC est assez fulgurante : 300 000 euros de chiffre d'affaires en 2016 et une prévision de quasiment 800 000 euros en 2017. Le tout avec une gestion et un savoir-faire assez particuliers, comme le détaille son co-fondateur. "Notre avantage, c'est que nous vendons une solution générique qui est désormais déployable dans n'importe quel domaine. On sait faire travailler l'opérateur avec son smartphone et sa tablette sans réseau. On lui créé le programme pour qu'il note toutes ses mesures sur place, nous remontons ensuite ces dernières dans une base de données qui appartiennent au client". C'est aussi là qu'NFC se distingue de ses concurrents, aux noms aussi divers qu'Orange, IBM, General Electric ou Amazon et Google : les données récoltées ne lui appartiennent pas. Son business passe par des solutions de service dans le numérique et uniquement par elles (si ce n'est, en plus, un onglet conseil ou des cours dans des écoles d'ingénieur sur des technologies précises, leur permettant d'avoir un oeil supplémentaire sur le monde de la recherche et ses derrnières innovations). 

Un futur chargé

Cette dernière évolue toujours, et la croissance de NFC Interactive s'alimente de cette progression. Serge Chaumette est aussi directeur d'un master au Labri, on l'a dit, mais également membre d'un cluster travaillant dans le domaine des drones."On s'intéresse à des robots physiques ou virtuels qui pourront prendre la suite de l'homme. Ca passera par des applications, des lunettes connectées où même des experts qui interviendront dans un domaine grâce à la projection d'un écran de mobile. Nous pensons que les smartphones pourront bientôt capter les données issues des émissions de radio. Nous regardons ce que nous allons pouvoir faire pour mettre en place notre propre protocole de communication radio permettant d'être adapté aux smartphones" confie Nicolas Bournet. Autrement dit : demain, plus besoin de GSM, d'abonnement ou même de Wifi. Si nous n'en sommes pas encore arrivés à ce stade, les projets se multiplient pour cette jeune société qui va quitter les locaux de la pépinière en juin prochain. Avec EDF, elle travaille sur l'expérimentation de capteurs de données sur des compteurs électriques. Avec Airbus et Dassault, elle est en discussion pour dématérialiser certaines actions au sein de leurs lignes de production. Elle est intégrée à la plateforme Noé, pilotée par Eiffage et Engie dans le cadre de Bordeaux Euratlantique. "Ils veulent en faire à terme la première plateforme de services connectés dans le monde du bâtiment. Concrètement, il y aura sur le secteur Euratlantique deux zones où toutes les entreprises vont devoir passer pour stocker du matériel, faire des réunions. On va faire en sorte que tout soit accessible par le web ou le mobile". 

Grâce à une subvention régionale dans le domaine du commerce connecté, NFC espère "pouvoir arriver d'ici le début de l'année prochaine à une solution de paiement sur mobile en marque blanche, ce qui pour le moment n'existe pas" (voir vidéo). Elle veut aussi se déployer à l'international. "N'importe quel pays disposant d'un réseau ferré est susceptible de prendre notre solution. On s'est inscrit dans un concours organisé par le Ministère des Affaires Étrangères en Amérique du Nord dans lequel on a été retenu. On va démarrer une phase d'étude et d'expérimentation au Canada dès la rentrée prochaine. On sait déjà qu'il y a un opérateur potentiellement intéressé, on pourrait donc s'intégrer à un projet avec eux". La société a également un projet en prévision avec un cluster spécialisé dans le monde de la glisse. "Aujourd'hui, le constat est clair : un jeune qui vient acheter un surf dans un magasin en sait plus que le vendeur qui y travaille. On veut remettre le vendeur au niveau, mettre des dispositifs pour aider le client à acheter et faire en sorte qu'il soit fidélisé à la marque. Ca pourrait passer notamment par la marque Rip Curl, dont le magasin de Mérignac pourrait aussi faire office de test".

Ce job, cette obsession pour "faire parler les données" (elle en a même fait son slogan), l'entreprise la cultive au travers de ces contrats, conçus comme récurrents et non ephémères. Elle gère son évolution financière de manière tout aussi durable. "On a pris le pari de ne pas toucher aux aides que l'on a touchées au départ, elles doivent servir uniquement en cas de problème. Tout le reste est autofinancé par l'entreprise et ses résultats, ce sont ses bénéfices qui assurent son développement". Si, à terme, la société veut grandir et a, parmi ses idées, celle d'industrialiser les capteurs qu'elle fabrique en guise de prototypes pour les présenter à des clients potentiels, ce dernier objectif n'est, pour l'heure, pas à l'ordre du jour. Assurée l'an dernier d'effectuer une levée de fonds de 500 000 euros, cette dernière y a renoncé, probablement confiante dans le potentiel de son déploiement futur. Elle a récemment signé un gros contrat avec Mesea (filiale de Vinci) pour un volet de maintenance virtuelle de la LGV Tours-Bordeaux qui sera déployé en interne entre fin 2017 et début 2018. Ses capacités d'adaptation sont aussi larges que son potentiel portefeuille de clients, dans l'industrie comme dans la culture où d'autres domaines. Elles n'ont de limites que celles de leur technologie. Une belle manière de dire qu'elles sont, logiquement, amenées à grandir encore.  

Start-Up à succès : NFC Interactive, abolisseur de frontières from Aquipresse on Vimeo.

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Romain Béteille
Crédit Photo : RB

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