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Société | Aéroportrait: Carine Roux, la formatrice passionnée qui se joue des clichés

Aéroportrait Carine Roux: la formatrice passionnée qui se joue des clichés

Elle a toujours était habile de ces dix doigts : dessin, couture, travaux et bricolage en tout genre... De là à faire carrière dans le monde de l'aéronautique, personne, à commencer par elle, ne l'aurait prédit. Et pourtant, Carine Roux est ajusteur-monteur en aéronautique. Après près de 15 ans passés en entreprise à expérimenter, tour à tour, tous les postes de la chaîne de production, elle est depuis 2016, formatrice en matériaux à AEROCAMPUS Aquitaine à Latresne. Carine, c'est en quelque sorte l'intelligence du geste et de la pédagogie faite femme. A priori pas si évident dans un monde de l'aéro encore très masculin. Mais ça aussi, ce dynamique petit bout de femme sur chaussures à talon, a su en faire son affaire !

Carine Roux a le regard doux des gens discrets. Les discrets mais pas effacés, les discrets et appliqués, les rigoureux, les patients, les constants. Ceux qui dans le cadre professionnel, et sans doute au-delà, préfèrent le geste vrai et efficace, à l'esbroufe d'une parole vide et souvent orgueilleuse. Carine Roux est définitivement de ceux-là, et son parcours professionnel est à cette image ; fait d'expériences réussies et récompensées, telles une succession de montées en compétences constantes. Elle est aussi l'incarnation que le hasard, quand il est finalement choisi, fait effectivement bien les choses.

En chaussure de sécurité, masque et bleu de travail
Car, ce parcours d'ajusteur-monteur, ne faisait pas partie de ses plans de carrière. Mais, chômage « aidant », elle se laisse tenter au début des années 2000, par une offre d'emploi proposée par une entreprise sous-traitante d'Airbus Helicopter. « Ils recherchaient du personnel pour mouler des pièces d'aéronefs ». Celle qui déjà bricole, bidouille, répare, rénove à peu près tout ce qui lui passe entre les mains, et qui voit, de loin, son époux travailler la fibre de carbone dans cet univers industriel, se lance. Formée sur place, à Gardanne dans les Bouches-du-Rhône, elle découvre un univers qui lui plaît « énormément », l'industrie et la production ; en chaussure de sécurité, masque et bleu de travail. De nouvelles perspectives pour elle et de nouveaux matériaux, comme le composite et le carbone, à découvrir et à travailler. Elle commencera donc à l'atelier moulage, « la base du métier pour bien comprendre la réaction des pièces et des matériaux », avant de passer à l'atelier d'ajustage des pièces, où elle prendra la tête d'une équipe de 14 personnes. Le talent, et sa reconnaissance, sont donc venus de bonne heure...
Viendra ensuite le secteur "réparation" où là encore, elle sera chef d'équipe... Après la naissance de son fils, elle décide de lever le pied sur les responsabilités, et prend un poste créé pour elle : « préparatrice en avance de phase pour une équipe située au sein d'Airbus Helicopter ». En d'autres termes quand une pièce a besoin d'être modifiée avant son montage à AH, c'est à Carine que l'on s'adresse. Là encore une belle réussite: d'un poste qui n'existait pas, c'est toute une équipe qui va être montée autour d'elle...

"Pas hyperactive, mais presque...!"
Mais, après 8 ans dans cette entreprise dont elle connaît tous les rouages, Carine, « qui n'est pas une hyperactive, mais presque », n'hésite pas longtemps avant d'accepter une mission d'intérim au sein d'Airbus Helicopter. « Un CDI contre un intérim... pourquoi pas ? » Et, là encore, mais c'est ce qui lui plaît, la jeune femme entre dans un nouveau rôle de l'industrie aéronautique. Au « rapid manufacturing », elle est « l'interface entre la production et le bureau d'études ». Le rouage entre ceux qui d'une part imaginent et dessinent une pièce sur papier et ceux qui face aux machines et à la matière, doivent la fabriquer. De son poste, elle facilite, en quelque sorte, le passage de la théorie à la pratique. Preuve, pour qui en doutait, que l'intelligence de la main, est bel et bien liée à celle du cerveau... Son interim se transformera en CDI, avant qu'elle ne suive son époux détaché à Bordeaux, où elle deviendra en 2016 formatrice au sein d'AEROCAMPUS Aquitaine.

Une certaine force de caractère... et d'adaptation
De ces 12 années au cœur de la production aéronautique, elle retient le mot « passion », mais aussi son appartenance pas toujours facile à « un monde d'hommes ». A ses débuts, elle a même droit à quelques réflexions à base de casseroles et de cuisine. « Ç'était difficile de se faire accepter, de s'imposer. Au début, on vous regarde un peu comme une extra-terrestre. Mais une fois que l'on a fait ses preuves et que l'on montre ce que l'on sait faire, on obtient le respect de ses collègues, et ça se passe bien ». Un élément d'autant plus important pour elle qui, tout en travaillant à la production, assurait le management de ces équipes masculines. Au-delà des compétences et du savoir-faire, il s'agit donc aussi d'avoir une certaine force de caractère, dont Carine ne manque pas. D'ailleurs, quand elle intervient auprès de collégiennes pour promouvoir auprès d'elles, les métiers de l'industrie et de l'aéronautique, c'est aussi un des premiers conseils qu'elle leur donne...
L'autre conseil serait sans doute celui de posséder une bonne capacité d'adaptation. En ce qui la concerne, en tant qu'ancienne chef d'équipe et formatrice aujourd'hui, elle en fait quotidiennement l'usage. « Je travaille avec des apprentis, avec des scolaires, niveau bac, avec des apprentis d'Auteuil, dont les âges et niveaux sont variés, et j'ai aussi formé des stagiaires mécaniciens venus du Qatar ». Autant dire des publics plus que divers les uns les autres. Motivée par son « envie de transmettre » ses connaissances et ses « trucs et astuces », comme elle le faisait déjà auprès de ses équipes dans sa précédente vie professionnelle, le secret de sa pédagogie réside aussi et, peut-être avant tout, dans l'écoute qu'elle accorde à ses apprenants, accompagnée d'un peu de patience. « Il faut savoir rassurer et parfois porter, remotiver certains stagiaires », témoigne-t-elle.

"Les rencontres, les échanges et le relationnel"
Quant au choc des cultures avec les stagiaires Qataris, là encore, la formatrice, s'en est sorti avec brio. « J'ai d'abord pris soin de ne pas trop les brusquer en tant que femme au regard de leurs propres habitudes », mais au final, comme avec ses anciens collègues, c'est la démonstration de son savoir-faire qui a bien été la clef d'une formation réussie et enrichissante tant pour eux que pour elle. Car c'est bien de là aussi qu'elle tire la satisfaction de son nouveau travail : « les rencontres, les échanges et le relationnel ».

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 13/02/2018