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Culture | Xabi Molia dévoile « Comme des rois » à l’Utopia

Kad Merad et Kacey Mottet-Klein

Le réalisateur basque, Xabi Molia, est venu présenter son nouveau film, « Comme des rois », en avant-première, à l’Utopia, jeudi 12 avril. Proche du film social, il suit le parcours du combattant du jeune Micka, joué par Kacey Mottet Klein, rêvant de s’en sortir sans suivre son père, interprété par Kad Merad, qui l’entraîne dans ses arnaques douteuses. Fruit d’un an de travail, le long-métrage sortira à Bordeaux le 25 avril, et dans le reste de la France, le 2 mai.

C’est non sans émotion que le réalisateur Xabi Molia a pris la parole, à la fin de la diffusion de son troisième film, « Comme des rois », jeudi soir à l’Utopia. Et pour cause, la célèbre salle de cinéma bordelaise partage une histoire commune avec lui : elle avait déjà accueilli le jeune cinéaste pour son premier long-métrage, « 8 fois debout », en 2010. Ses personnages font à nouveau face à la galère financière, mais tentent, cette fois-ci, de s’en échapper par l’arnaque, ce qui n’est pas sans donner une teinte comique à son cinéma.

Ça commence fort dans une banlieue pavillonnaire. Le jeune Micka, interprété par le Suisse Kacey Mottet Klein, nommé aux César en 2013, se pointe un après-midi chez une jeune femme seule pour lui vendre des bouteilles de vin. L’opération semble tourner au vinaigre, quand surgit Kad Merad, qui simule le rôle du voisin consciencieux avertissant la dame d’une potentielle arnaque. « Montrez-moi votre carte professionnelle ». Changement d’expression sur son visage. « Ah non, ça, c’est du sérieux », et de renchérir que c’est une très bonne affaire, et qu’il veut acheter. La femme s’y intéresse alors, et rafle la mise. C’est ensuite que le spectateur comprend que les deux arnaqueurs étaient de mèche : père et fils.

Les entourloupes vont bon train. Le père de Micka, Joseph, fabrique ses fausses bouteilles de Côte-Rôtie et de Saint-Émilion dans une sombre cave, en les remplissant avec des mélanges de cubi premier prix. Le duo joue aussi les faux réparateurs de chauffe-eau et parvient à extorquer une centaine d’euros à une vieille dame, en astiquant mollement quelques petits tuyaux à la brosse. Vient alors l’excès, l’arnaque de trop, celle à l’issue de laquelle les deux protagonistes se retrouvent en prison : le vol de cuivre dans une usine. Envolés, les rêves de comédie pour le jeune Micka, qui avaient pourtant réussi une audition pour intégrer une école d’acting à Paris : il jouera en prison, la dernière scène du film.

« L’arnaqueur, c’est celui qui arrive à se fondre partout »

Triste fin pour « Comme des rois ». À l’origine du scénario, un arnaqueur sur le trajet Paris-Poitiers qui a tenté, pendant vingt minutes, de vendre une bricole à Xabi Molia. « Cette capacité à embobiner les gens m’a fasciné, d’où l’idée d’en faire un film ». Le tournage d’un documentaire pour Arte, sur les jeunes qui rêvent de faire du football à Aubervilliers (93), a aussi poussé l’ancien maître de conférences à l’université de Poitiers à revenir en périphérie parisienne pour le tournage.

« Le jeune de quartier est un mythe », d’après le Normalien de 40 ans, qui y a rencontré nombre de jeunes au profil et aux aspirations différentes. Luttant contre l’idée d’une certaine « misère banlieusarde », l’écrivain entend combattre l’image communément sombre du film social, qui donne une vision réductrice des cités. « L’image du loser a ici une dimension universelle, on a tous l’impression d’être en dessous de nos attentes », précise-t-il.

Au casting, du beau monde. Sylvie Testud incarne la mère impuissante de Micka et Kad Merad, son père Joseph. « J’ai choisi Kad pour sa bonhommie, dans le sens où c’est le genre de mec que l’on regarde toujours avec un petit sourire bienveillant aux lèvres, qui suscite immédiatement l’empathie », explique Xabi Molia, qui précise que l’acteur a accepté de toucher le plus petit cachet de sa carrière pour le rôle.

Dans un décor qui mêle barres HLM, banlieues pavillonnaires, et terrains de campagne, patchwork de différentes destinations françaises, principalement Angoulême, le réalisateur tente de traverser tous les milieux sociaux. « L’arnaqueur, c’est celui qui arrive à se fondre partout ». Des mouettes qui s’envolent dans la nuit, aux magnifiques images de port et de lignes de train très tôt le matin, le spectateur est balloté un peu partout, peut-être trop pour s’attacher à l’intrigue.

Alix Fourcade
Alix Fourcade

Crédit Photo : Haut et court

Publié sur aqui.fr le 13/04/2018