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Agriculture | Les poitevines de Sariah Monclin, comme une famille ...

Avec un grand père qui avait élevé des chèvres et fait du blé et un père qui, dès les années 60, avait osé tenter la production de poulets bio en Charente avant de revenir au conventionnel, dans les Landes, Sariah Monclin avait de qui tenir. Rien d'étonnant donc à ce que cette jeune femme de 37 ans, au sourire lumineux, qui vient de poser sa vie et celle des siens à Cubnezais ( Gironde) ait choisi d'y créer un élevage de chèvres poitevines et d'y fabriquer d'excellents fromages bio. Histoire d'une installation qui vaut le détour. (1)

Sariah se le remémore avec une douce émotion dans la voix : «  j'ai toujours eu dans un coin de ma tête un rêve de petite fille, celui de devenir bergère ; je l'écrivais sur mon journal. J'arrive à le toucher du doigt, à 37 ans. » Et, pourtant, le parcours professionnel, comme d'autres de cette génération qui s'installe en agriculture et sont issus du « Hors cadre familial » n'en avait pas pris le chemin. Sariah occupa, pendant treize ans, la responsabilité d'une boutique à Bordeaux, avant de demander le bénéfice d'une rupture conventionnelle qui lui fut refusée. Qu'importe … dès lors que le projet de toujours vivait dans sa tête. La voici inscrite au lycée de Blanquefort pour préparer un BPREA en polyculture et élevage, tourné vers son projet d'élevage caprin. Parcours classique des hors cadres familiaux, préalable à l'installation et à l'obtention de la Dotation Jeunes Agriculteurs. Au bout de neuf mois, diplôme en poche, notre aspirante se confronte au réel à la faveur de stages « à gauche, à droite .. »Mais il en est un qui va prendre une importance particulière, celui effectué à Coutras, à la ferme des Jarouilles chez les « Tite », et en particulier auprès de Laure, la fille de la maison où l'on élève notamment vaches et chèvres, depuis des lustres en bio et où la notion de circuits courts n'est pas un vain mot... « Et, pendant ce temps là, ajoute Sariah, nous cherchions un terrain entre 5 et 15 hectares, distribuant des flyers dans les boîtes aux lettres.... »

Vint alors la découverte, en 2016, des neuf hectares attenants à une maison à Cubnezais, dans le hameau de Créon. L'affaire conclue avec les propriétaires précédents dans le meilleur esprit débouchait par une signature l'an passé ; la future bergère et son compagnon qui a un travail dans la métropole, constituant une EARL, par ailleurs locataire des terres agricoles ; le couple s'attelant avec de sérieux coups de main familiaux, à la réalisation de l'ensemble bâtiment d'élevage et laboratoire, représentant un investissement de 120.000 euros. L'avant garde du troupeau de chèvres poitevines pouvait arriver ; vingt cinq dans un premier temps que Sariah a pris grand soin de constituer auprès d'autres éleveurs, dans deux exploitations différentes, en étant très attentive à la génétique. Quarante cinq chevrettes vont venir bientôt grossir la famille...car à observer la façon dont les chèvres accueillent l'éleveuse, en l'entourant d'une affection quasi débordante, on peut oser le terme...

Une gamme de sept fromages

Les premières lactations ayant débuté le 20 février dernier, Sariah a commencé à faire ses premiers fromages, début mars. Une gamme de sept, tous moulés à la louche et qui sont vendus à la ferme, en direct du lundi au samedi de 16h à 19h, et sur le marché de Saint-André de Cubzac le samedi matin. Le fruit d'un travail quotidien intense, rythmé par la nourriture des animaux – foin, luzerne, paille et céréales achetés dans un périmètre de 150 kilomètres entre Charente et Dordogne par souci d'éthique - traite du matin à 6 heures et celle du soir, à 18 heures et une entrée à 9 heures au laboratoire. Un emploi du temps qui requiert organisation et continuité, le lait devant reposer vingt quatre heures après la traite pour cailler et être prêt à mouler avant de devenir fromage, au bout d'une journée supplémentaire ; la commercialisation n'intervenant qu'au bout de sept jours.

Sariah Monclin qui a vu par ailleurs ses premières naissances à Créon l'avoue avec une émotion non feinte : « j'aime bien voir les animaux tout jeunes et à voir le transport amoureux de « Nougat » auprès de l'éleveuse, on mesure ce que cela veut dire. Voici un nouvel et bel exemple d'une installation en agriculture qui incarne un véritable choix de vie et des valeurs revendiquées auxquelles fait écho cet aveu : « je suis heureuse de planter ici les racines de ma famille »

1. 5 lieu dit Créon 33620 Cubnezais, dufoindanslesbottes@gmail.com

 

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 10/06/2018