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Société | Mathilde Puges, l'infectiologue bordelaise contaminée par la BD

Illustration représentant Mathilde Puges et Maud Begon

Mathilde Puges, médecin infectiologue dans le service des maladies infectieuses de l’Hôpital Pellegrin au CHU de Bordeaux, a écrit une BD sur le coronavirus. Avec l’aide de Maud Begon, autrice illustratrice qui a dessiné les idées de Mathilde. Intitulée « Coronaaah c'est quoi ? », cette bande dessinée est disponible gratuitement sur Internet. Mathilde Puges nous raconte cette formidable aventure, qui ne fait que commencer.

« Les gens devenaient des spécialistes de choses qu’ils ne connaissaient pas ». Voilà le constat à partir duquel Mathilde Puges, médecin infectiologue, est partie pour écrire « Coronaaah c'est quoi ? ». Pendant la première vague de la Covid-19, la jeune médecin se retrouve sur la plateforme « VilleHop » et répondait à toutes les questions que les soignants de ville se posaient sur le virus. C’est vrai qu’au début… les choses étaient loin d’être claires. Tout le monde s’est très vite retrouvé noyer par toutes ces informations, aussi contradictoires les unes que les autres. « Je me suis dit qu’il fallait quelque chose d’assez ludique qui puisse expliquer simplement, ne serait-ce que la base », explique Mathilde Puges. L’objectif c’était donc s’appuyer sur des données scientifiques, pour expliquer et rassurer. 

Rester humble sur ce virus 

S’il y a bien une chose que la pétillante infectiologue a tenu à éviter ce sont les polémiques. « Si vous prenez l’épisode sur les traitements par exemple, je suis restée très factuelle en mettant les différentes pistes de recherche », explique-t-elle. Une chose dont elle est sûre, c’est que « pendant plusieurs mois on va rester très humble par rapport à cette infection ». Pour ne pas s’emmêler les pinceaux, Mathilde Puges s’est concentrée sur des choses qu’elle savait déjà. Par exemple, la différence entre un virus et une bactérie, certains éléments qui sont semblables à d’autres infections etc. En ce qui concerne la Covid, elle s’est appuyée sur des articles scientifiques qui avaient une valeur sûre. « Je ne voulais surtout pas dire des choses fausses, ou dire des choses qui n’étaient pas encore certaines », raconte-t-elle. C’est pourquoi chaque épisode était relu par une série de relecteurs qui apportaient des corrections. Ces relecteurs, ce sont des professeurs et médecins issus de différentes spécialités du CHU de Bordeaux. 

Un travail d’équipe

 Ce projet a débuté en avril, et les épisodes sortaient au fur et à mesure. « L’idée ce n’était pas de faire un bouquin qui sort dix mois après et qui ne sert pas à grand-chose », explique-t-elle. Réagir au plus vite, pour mettre à disposition les informations au grand public, le plus rapidement possible. « On a sorti le premier épisode fin du premier confinement quand il était prêt, et après on essayait de faire au plus vite entre chaque épisode ». Un travail de longue haleine pour l’autrice illustratrice qui devait mettre en scène les scénarii de Mathilde Puges.


« On n'entendait parler que du Covid et moi j’avais pas du tout envie de faire un truc très sérieux. Alors c’était très sérieux sur le plan scientifique et tout ce qu’on disait était hyper vérifié. Mais pour autant, j’avais besoin que ce soit vulgariser, avec de l’humour », explique l’infectiologue. La vulgarisation scientifique et médicale est quelque chose qui a toujours plu à Mathilde Puges, c’était plutôt naturel. Au niveau de l’humour, la plupart des blagues sortent du chapeau de Maud Begon : « pour ça elle a du génie, elle a trouvé des choses assez incroyables », reconnaît Mathilde. « Je trouve que Maud a fait un boulot vraiment incroyable, et je pense que sans elle ça n’aurait pas du tout existé. Je suis vraiment très fière d’avoir travaillé avec elle ».

Un projet financé par le Collège Santé dirigé par l’ancien doyen de la fac de médecine, Jean-Luc Pellegrin, sans quoi, cela n’aurait pas été possible. « Mon papa a fait le mécène pour financer le site internet que ma petite soeur a fait, c’est très familial ! », s’amuse la médecin en infectiologie. 

 D’autres projets se dessinent

 La machine est lancée. Si la question de la publication ne s’est pas encore posée pour « Coronaaah c'est quoi ? », d’autres projets publiés commencent à voir le jour. « Avec Maud on aimerait bien faire d’autres BD sur d’autres virus, ou des bactéries, mais là pour le coup avoir un contact avec un éditeur ». La réalisation d’une série de vulgarisation sur la rougeole, le VIH, les Infections Sexuellement Transmissibles est envisagée pour 2021. « Ça intéresse beaucoup les gens et ça pourrait vraiment aider à comprendre au mieux », conclut Mathilde Puges.

Un autre projet est déjà en route. « Au moment de la plate-forme, on a vécu quelque chose d’assez incroyable. C’est-à-dire qu’on avait énormément de volontaires sur place, des internes, des externes, des médecins retraités, qui étaient tous mobilisés pour répondre aux soignants. Il ne s’était jamais passé ça à l’hôpital », s’étonne encore Mathilde. C’est de là qu’a muri cette idée. L’envie de faire une BD sur ce qui s’est passé à ce moment-là à l’hôpital, parler du vécu des soignants.


« On se faisait applaudir tous les soirs à 20h mais je pense que les gens ne savent pas trop ce qui se passe vraiment dans l’hôpital public ». Un projet d’une plus grande envergure cette fois. Après avoir contacté plusieurs auteurs de BD, un lui a répondu : « l’auteur Boulet. Il ne pouvait pas mais il m’a mis en relation avec une association de BD qui s’appelle ink link ». C’est une association qui soutient les associations et institutions par le dessin. Sur ce nouveau projet, c’est 11 artistes réputés qui s’investissent : Wilfrid Lupano, François Duprat, Gaëlle Hersent, Miss Prickly, Sess, Mayana Itoïz, Ohazar, Mathilde Domecq, Laure Garancher, Weldohnson et Yannick Corboz. « Un bouquin génial qui sortira début 2021 parce qu’on est en campagne de crowdfunding », exprime fièrement Mathilde Puges. Ce projet a reçu la moitié de son financement par le Mécénat du CHU de Bordeaux. Le financement participatif servira à l’impression. « Je suis hyper fière de ce projet-là qui est génial, c’est un projet collectif, tout le monde y a participé ». Une année 2021 qui s’annonce riche pour Mathilde Puges.

Mélanie Philips
Mélanie Philips

Crédit Photo : Maud Begon

Publié sur aqui.fr le 13/11/2020