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Société | Opération « Urgence Froid Bordeaux » : carton plein pour « Les Gratuits »

Opération « Urgence Froid Bordeaux » dans la Maison éco-citoyenne de Bordeaux

L'opération, qui s’est déroulée la semaine dernière, visait à collecter duvets, couvertures, vêtements chauds et autres produits de première nécessité ; des dons destinés aux sans domicile et aux populations en grande précarité de la métropole bordelaise pour affronter l’hiver.

La Fondation Abbé Pierre tire un constat alarmant : on compte près de 300 000 personnes sans domicile en France. Le calcul a été réalisé à partir de catégories identifiées par l'Insee, comprenant toutes les personnes vivant en centres d'hébergement, dans des lieux d'accueil pour demandeurs d'asile, dans des bidonvilles, ou bien sans abri. Selon leurs estimations, le nombre de personnes à la rue a doublé depuis 2012. C’est à la lumière de ce contexte préoccupant qu’est née l’opération « Urgence Froid Bordeaux ». Elle s’inscrit dans la lignée d’ « Urgence Eau Bordeaux », lancée cet été par le même collectif : « Les Gratuits – Gironde Solidarité ».

Une vague de solidarité sans précédent

Ludivine a embarqué sa voisine pour l’occasion : à bord de leur camionnette, les deux femmes ont sillonné la métropole bordelaise tout le week-end afin de collecter des dons. Munies d’une liste d’adresses auxquelles se rendre, les bénévoles participaient pour la première fois à cette opération de grande ampleur, pilotée par le collectif « Solidarité Wanted ». Formé il y a deux ans autour du Wanted Café, ce collectif réunit Les Gratuits, La Maraudes du cœur, Diamant des cités, Pirates de l’espoir, Graines de solidarité, Darwin solidarités et la Jeune Garde.

 

Bénévoles pour l’opération « Urgence Froid Bordeaux » devant la Maison éco-citoyenne de Bordeaux

Sensibilisés par des proches ou bien alertés par les réseaux sociaux, les Bordelais ont été très nombreux à se mobiliser la semaine dernière. Clément Jeandet, membre du Conseil d’administration de l’association, se réjouit : « Quand on a réfléchi à cette opération, on était loin d’imaginer une telle réussite. Finalement on se rend compte que, contrairement aux idées reçues, beaucoup de citoyens sont prêts à aider. Cette opération a mobilisé plusieurs centaines de personnes à l’échelle de la métropole, et les résultats dépassent nos espérances. »

Il faut dire que « Les Gratuits » ont su gagner en notoriété : le collectif s’est d’ailleurs mué en association au début du mois, en raison du développement et du succès de ses activités en partenariat avec les acteurs métropolitains. A travers « Urgence Froid Bordeaux », plus de 200 collectes à domicile ont été réalisées et plusieurs dizaines de paires de sneakers neuves et griffées ont été réceptionnées. Avec une cagnotte dont le montant s’élève aujourd’hui à plus de 3 300 euros – bien plus que ce qui était attendu – et au rythme de plusieurs maraudes durant le week-end, Les Gratuits ont su réchauffer des cœurs. Clément Jeandet l’assure : « Depuis l’été dernier, on constate un changement de regard sur les initiatives solidaires : il y a davantage de bienveillance et de réactivité. »

Pierre Hurmic est d’ailleurs venu, lui aussi, ré-affirmer son soutien à l’opération par sa présence, et voir de près comment fonctionnait la collecte. Face aux dizaines de bénévoles se relayant pour trier couvertures, matelas, matériel de camping et vêtements, et se coordinant avec les personnes à la rue et les autres associations, il s’est dit admiratif et reconnaissant : « Toute une chaîne de solidarité s’est mise en place, et je suis très heureux d’avoir mis à la disposition des associations la Maison éco-citoyenne de Bordeaux. Elle n’a peut-être jamais aussi bien portée son nom. »

« On voit arriver beaucoup plus de jeunes »

Soixante-six ans plus tard, l’appel de l’Abbé Pierre raisonne toujours autant. Le contexte est différent, mais pauvreté et crise du logement sont toujours d’actualité. Et avec la crise sanitaire, l’association dresse des profils de bénéficiaires protéiformes : « En plus des habitués, on voit arriver beaucoup plus de jeunes. Des intérimaires, des gens qui ont perdu leur emploi pendant la première vague de la pandémie, des saisonniers. Les profils se diversifient énormément. On voit aussi des personnes qui ont un domicile, mais qui n’ont plus de quoi manger. », explique Cécilia Foncesca, présidente des Gratuits.

Cyril, 36 ans, fait partie des nouveaux arrivants. Saisonnier en restauration dès ses 22 ans, soit à l’issue de ses études, il alterne hivers à la montagne et étés à la mer. A la suite du premier confinement, il perd son travail et se retrouve à la rue après le décès de son logeur, victime du coronavirus. La fermeture des restaurants pour une période indéfinie, doublée d’une rupture amoureuse, viennent ternir encore davantage un paysage déjà accablant pour le jeune homme. Les nuitées à l’hôtel et le gouffre financier qu’elles induisent l’amènent finalement à se tourner vers le collectif. Il bénéficie depuis, d’une place en auberge, et ce jusqu’au 10 décembre, après quoi il s’agira de réexaminer son dossier, et épingle désormais fièrement le badge de l’association sur son sweatshirt. « Cette opération c’est de l’entraide, explique-t-il. Le collectif a été là pour m’aider ; c’est normal d’être ici aujourd’hui en contrepartie. Je sais ce que c’est que galérer, donc je donne un coup de main. »

Une collecte multi-sites qui porte ses fruits

Le tissu associatif français a été très largement mobilisé depuis le mois de mars dernier et a su se mobiliser à un moment où les besoins augmentaient exponentiellement et où les stocks rétrécissaient. Cécilia en témoigne : « Comme tout le monde, on a connu le manque de gel hydroalcoolique et on a couru après les masques. Après l’alimentaire, ces produits ont constitué la première demande des personnes à la rue, qui avaient extrêmement peur de tomber malades. Etant données les conditions sanitaires dans lesquelles elles sont déjà, un virus constitue une angoisse supplémentaire pour elles. Aujourd’hui ça va mieux : on arrive à en distribuer à pratiquement chaque maraude. »

Pour répondre aux exigences sanitaires, l’association a par ailleurs pris ses dispositions : les dons pouvaient être relevés à domicile par des bénévoles ou bien directement déposés par les donateurs dans des sites fixes, comme le Darwin ou le Wanted Café. Ludivine salue les efforts fournis par les organisateurs de l’opération : « Aller à la rencontre des donateurs s’est avéré judicieux car les plus craintifs ont pu minimiser les interactions sociales, et les plus casaniers n’ont pas eu à se déplacer ! »

Malgré les craintes générées par la pandémie et le reconfinement qui en découle, bénévoles et bénéficiaires étaient donc au rendez-vous… ou presque : l’œil vif, stylo en main, Cyril se déplace entre les tours de vêtements empilés, à la recherche des besoins de ses camarades de la rue, soigneusement listés sur un papier. Une paire de 42, un manteau bien chaud, une couverture : tout est là. Il raye ses trouvailles une par une, et les rassemble minutieusement dans un coin du local. Comme à chaque fois, il s’est engagé à jouer l’intermédiaire entre Les Gratuits et ses collègues de la rue.

Dons pour l’opération « Urgence Froid Bordeaux » dans la Maison éco-citoyenne de Bordeaux

Et après ?

Dans un contexte de reconfinement et de situation sanitaire dégradée, Clément Jeandet rappelle que « le climat d’incertitude général, qui imprègne la société française depuis la fin de l’été, a des impacts psychologiques considérables, en particulier sur les personnes en situation de précarité. Le fait que la vie puisse reprendre son cours de manière plus classique pourrait permettre aux personnes à la rue de bénéficier de davantage d’interactions sociales et de se projeter un peu plus. » A ses côtés, Cyril confirme : « Concrètement je n’envisage pas la suite. Je n’ai aucune idée de ce qui peut advenir. Ça me fait peur, mais personne ne peut prévoir quoi que ce soit. »

Chaque hiver, la baisse des températures aggrave les risques pour la santé des personnes sans domicile : maladies, difficultés d’accès aux soins, dégradation des conditions de survie, stress, troubles psychiques, etc. À Bordeaux, des centaines de personnes sont concernées par cette situation.

Vous avez des couvertures à donner ? Des gants, bonnets, chaussettes, écharpes qui dorment dans vos placards ? Il n’est pas trop tard pour faire des dons ! Les collectes se poursuivent au-delà de l’opération : proposez vos dons en contactant Les Gratuits – Gironde Solidarité sur la page Facebook dédiée, et œuvrez, de concert avec les associations, pour lutter contre l’exclusion.

Justine Wild
Justine Wild

Crédit Photo : Justine Wild

Publié sur aqui.fr le 23/11/2020