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Environnement

L’agglomération paloise face au défi du climat

En un demi-siècle, la température moyenne a augmenté de 1 degré sur Pau et son agglomération. Cela risque de continuer.

Les climato-sceptiques devraient venir faire un tour à Pau. Depuis plus d’un an, son agglomération réfléchit à l’énergie qu’elle consomme et à la manière de l’utiliser au mieux. Car force est de constater que, sur le plan local comme partout ailleurs, la température monte, la ressource en eau diminue et les menaces que tout cela génère ne sont guère réjouissantes. Un état des lieux présenté ces jours derniers lors d’une rencontre organisée à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour a permis de poser les données du problème.

Partagé entre ville et campagne, ce territoire qui abrite près de 162 000 habitants a pris le taureau par les cornes en juillet 2015. Cet été là, Monique Sémavoine, vice-présidente de la communauté d’agglomération en charge de l’environnement, des déchets et de l’assainissement a signé une convention avec Ségolène Royal, la ministre de l’Environnement. Le texte définissait les actions à mener pour transformer « l’agglo » en territoire à énergie positive pour la croissance verte. Cela, suite à un appel à projets lancé par le gouvernement.

De multiples combats à livrer

Le but de la manœuvre est clair : réduire la consommation d’énergie, que l’Etat souhaite diviser par deux d’ici 2050 sur le plan national. Mais aussi donner un coup de fouet aux énergies renouvelables encore sous-utilisées.

En Béarn, ce plan de bataille nécessite de livrer de multiples combats. Qu’il s’agisse par exemple d’améliorer la qualité des bâtiments, diminuer la pollution liée aux transports,  promouvoir le vélo, installer des bornes de recharge de véhicules électriques ou mettre en place une gestion durable des déchets. Sans oublier les actions à mener pour préserver la biodiversité, protéger les paysages et promouvoir l’éco-citoyenneté.

Toutes ces mesures devraient permettre de réduire les importantes quantités de gaz à effet de serre émises chaque année sur l’agglomération. En 2015, pas moins de 1,3 million de tonnes de dioxyde de carbone ont en effet été envoyées dans l’atmosphère paloise.

On connait les "coupables". Près de la moitié de la pollution est liée aux transports (20%), au résidentiel (17%) et aux activités tertiaires (12%). Les autres causes étant surtout l'alimentation (21%) et les biens de consommation (16%), loin devant l'industrie (4%) qui, il est vrai, n'est pas pléthorique ici.

Le trafic routier n’est pas le seul coupable

Les véhicules légers tiennent une place importante dans ce hit-parade des nuisances. Ce qui peut amener les acteurs locaux à s’intéresser au covoiturage mais aussi au télétravail. On estime que ce dernier peut permettre à un particulier de réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre lorsqu’il est pratiqué un jour par semaine.

Un autre chantier concerne l’isolation des bâtiments. Car, rappelle-t-on, une habitation ou des locaux bien protégés, c’est 60% d’émissions de gaz à effet de serre en moins.

Enfin, indiquent les auteurs de l’étude réalisée sur Pau et ses environs, une grande marge de progression s’offre encore aux énergies renouvelables. Car, aujourd'hui, celles-ci ne représentent que 6% de l’énergie totale consommée sur l’agglomération.

 Dans un territoire qui a surtout recours au gaz, à l’électricité et aux produits pétroliers, elles s’appuient dans un ordre décroissant sur l’usage du bois (46%), celui des déchets (27%), le solaire (13%), l’hydro-électricité et les chaufferies bois (6%).

La température moyenne est en hausse

Y a-t-il urgence à agir ? Une chose est sûre : certains constats sont préoccupants. Si la qualité de l’air est considérée comme « plutôt bonne » au pied des Pyrénées,  des pics de pollution peuvent parfois dépasser les seuils réglementaires  le long des axes routiers.

Ces problèmes se constatent surtout en entrée d’agglomération et à proximité de l’autoroute. Rien d’étonnant lorsque l’on sait que le trafic routier représente 62% des émissions de dioxyde d’azote. Tandis que les particules fines sont provoquées à 53% par les habitations et à 33% par la circulation.

Par ailleurs, la température monte sur le territoire. Depuis 1961, elle a grimpé de 1 degré.

Cela pourrait ne pas s’arrêter. La prévision est de + 2° ( +4° pour les scénarios plus pessimistes) d’ici la fin du siècle. Le nombre de "journées chaudes", lui, ne cesse de s’accroitre. On en comptait 40 en 1964. Elles sont passées à 63 en 2008. C'est plus qu'une tendance. C'est presque une explosion.

Ajoutez à cela des quantités de neige qui diminuent sur le massif pyrénéen tout proche, des sols qui deviennent moins humides et le tableau sera a peu près complet.

Eau, santé, agriculture : des signaux d’alerte

Ces réalités soulèvent quelques grands enjeux, évoqués eux aussi lors de la rencontre organisée à l’UPPA. L’accent est ainsi mis sur l’intérêt de préserver la ressource en eau. Car on estime que, d’ici la fin du siècle, le débit des cours d’eau des bassins pyrénéens pourrait se réduire de 20%.

Une autre préoccupation concerne la santé humaine dans la mesure où, ajoute-t-on, la hausse des températures et les vagues de chaleur ont des conséquences directes sur la mortalité des seniors. Tout comme elles en ont sur le développement des maladies infectieuses et la multiplication des allergies que favorise la précocité des saisons polliniques. Ces risques ne relèvent pas du détail lorsque l’on sait que 27% de la population de l’agglomération paloise a plus de 60 ans.

Sur un territoire où l’on trouve également de la vigne, des arbres fruitiers et de nombreux élevages de bovins et de volailles, d’autres évolutions sont enfin à prévoir. Qu’il s’agisse du déplacement des cépages comme des perturbations pouvant concerner les rendements, la pollinisation et les dates de floraison. Ou encore l’impact que les fortes chaleurs peuvent avoir sur l’état sanitaire des animaux.

Rien de bien réjouissant, certes. Mais un Béarnais averti en vaut deux.

Jean-Jacques Nicomette

Photo: Aqui

Publié le 05/02/2017

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